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LOUISE DE BETTIGINIES

Héroïne de la Guerre 1914-1918

Louise de BETTIGNIES est née en 1880, à Saint Amand les Eaux, dans une famille aristocratique de la région.

Après de bonnes études secondaires, son goût pour les langues et la géographie l'amena à voyager en Angleterre, (diplômée d'Oxford}, en Italie, en Allemagne et en Autriche.

En 1914, lorsque la guerre éclate, elle habite Lille. Dès Octobre 1914, Lille étant assiégée, Louise de BETTIGNIES participe à la résistance de la population et s'engage de plus en plus dans la résistance à l'occupant.

En février 1915, un Officier Français lui propose de devenir Agent de renseignements. Quelques jours plus tard, le Major KIRKE, de l'INTELLIGENCE SERVICE, lui fait la même proposition. Elle choisit de devenir Agent de l'intelligence Service, la plus grande partie du secteur de Lille étant tenu par des Britanniques. Ses Objectifs :  

Organiser un réseau capable d'indiquer avec précision les allées et venues des Allemands dans la région Lilloise. 

Transmettre les renseignements en HOLLANDE, pays neutre puis en Angleterre. 

 

Louise de BETIIGNIES se fait établir un laissez-passer au nom d'Alice DUBOIS" et met en place le service qui devient célèbre sous le nom d"Alice" ...

Louise trouve un fidèle Lieutenant, une jeune fille de Roubaix, Marie Léonie VANHOUTTE (qui prend comme nom de guerre Charlotte LAMERON) et recrute de nombreux agents, en tout 80 personnes sur la zone Lille Roubaix-Tourcoing. Le service "Alice " était chargé de recueillir divers renseignements (passage de trains, dépôts de munitions, champs d'aviation, postes émetteurs, plans et photos de t ranchées, etc.)

Grâce aux informations de ce service, 2000 pièces de Canon purent être anéanties sans perte humaine et, surtout, l'on apprit dès l'automne 1915, la préparation d'une attaque sur Verdun, ce qui permit de renforcer la place.

Louise de BETTIGNIES se chargeait elle-même de la transmission des renseignements en Hollande et parfois en Angleterre. Elle travailla aussi épisodiquement avec les Services Secrets Français, sous le nom de "Pauline", et amenait souvent avec elle, à ses risques et périls, des français qui voulaient rejoindre l'Angleterre. Après avoir rassemblé les informations découvertes par ses agents, Louise de BETTIGNIES rédigeait les rapports qu'elle codifiait elle-même et transcrivait sur de très minces feuilles de papier japonais (son record : plus de 3.000 mots sur une pellicule dont la taille égalait un verre de lunette). Elle ga rdait en mémoire les renseignements les plus importants pour ne les transcrire qu'après le passage des frontières. 

 

Elle devait franchir clandestinement deux frontières jusqu'en Hollande. Avec son amie "Charlotte", elles se munissaient de faux passeports et rivalisaient d'ingéniosité à chaque passage. A l'aller elles dissimulaient des documents, au retour, de l'argent, des cartes et des instructions pour les prochaines missions.

Louise de BETTIGNIES impressionnait par son courage et son sang-froid. Elle était parfaitement consciente des dangers qu'elle encourait.

C'est le 24 Septembre1915, que Léonie VANHOUTTE est arrêtée et incarcérée. Louise de BETTIGNIES qui se sentait menacée, n'en continua pas moins son action qui devient de plus en plus périlleuse: elle est arrêtée le 20 Octobre 1915. Elle avale le message qu'elle avait glissé sous le chaton de la chevalière à ses armes familiales qu'elle ne quittait jamais, même lorsqu'elle circulait sous un nom d'emprunt. A la prison Saint Gilles à Bruxelles, où elle avait été transférée comme l'avait été Charlotte, et où elle subit six mois d'interrogatoire, elle choisit le parti de tout nier, de mélanger les lieux et les dates.

Le juge dira d'elle: "Ce fut la femme la plus intéressante que j'ai connue, la plus extraordinaire que j'ai eu l'occasion d'interroger, se défendant avec une rare énergie et ne se rendant que pas à pas, à la dernière minute. J'en ai eu tout ce que je pouvais avoir, mais c'est peu. Comme un renard dans son trou, elle ne montrait que ce qu'il fallait, parlant peu, niant toujours."

 

Le dossier créé de toutes pièces par les Allemands est mince. En Mars 1916, son procès s'ouvre à Bruxel les. A la barre des accusés, se trouvent MarieLéonie VANHOUTTE et Georges de SAEVER, le voiturier arrêté avec elle. Ils sont CONDAMNÉS À MORT, et Louise de BETTIGNIES demande à ses juges de gracier ses amis, se proclamant unique responsable.

 

Le jugement est revu : Elle reste seule condamnée à mort : "pour TRAHISON COMMISE PENDANT L'ETAT DE GUERRE EN PRATIQUANT L'ESPIONNAGE".

Le 16 Mars 1916, sa condamnation à mort est commuée en travaux forcés à perpétuité. Fin Avril 1916, Louise de BETTIGNIES est transférée à la prison royale de SIEBURG, près de COLOGNE, où Marie-Léonie VANHOUTTE, condamnée à 15 ans de travaux forcés l'y rejoint. Elle y subissent les dures souffrances du régime carcéral.

En Janvier 1917, elle est mise au secret dans un cachot lugubre, accusée d'avoir soulevé les autres prisonnières pour les empêcher de travailler pour les allemands. Le séjour dans ce cachot glacial va lui va loir de gra ves ennuis de santé dont elle ne se re lèvera pas. "Seule ma foi me soutient, dit-elle, au directeur de la prison. Je suis française, je ne ferai rien contre mon pays, ma conscience, mon honneur."

 

L'abbé BEHLER, qui la côtoya en prison, disait qu'elle était "une femme noble d'idées, de coeur et de sentiments" . Elle devait entrer au Carmel en Octobre 1914, projet que la guerre avait interrompu, mais elle avait toujours gardé l'âme forte des vraies chrétiennes. Elle était à la fois téméraire et prudente, franche, très attachée à l'honneur des siens: dotée d'un esprit vif et gai, d'un grand courage, elle avait besoin d'une vie d'action, et son charme était aussi grand que son audace. Elle décédera avec courage, à Cologne, le 27 Septembre 1918.

Le 20 Avril 1916, elle avait été citée à l'ORDRE DE L'ARMÉE, par le MARÉCHAL JOFFRE:

"Mademoiselle Louise de BETTIGNIES s'est volontairement dévouée pendant plusieurs mois, animée seulement par le sentiment patriotique le plus élevé, pour rendre à son pays un service des plus important pour la défense nationale. A affronté avec courage inflexible toutes les difficultés périlleuses de sa tâche patriotique. A surmonté pendant longtemps ces difficultés, grâce à ses capacités et son dévouement, risquant sa vie en plusieurs occasions, assumant les plus graves responsabilités, déployant, en un mot, un HEROISME qui a été rarement surpassé. " 

 

Cette citation comporte l'attribution de la CROIX de GUERRE avec PALMES.

Le 20 Février 1920, son corps était ramené en France, et le 16 Mars 1920, une cérémonie grandiose rendait un ultime hommage posthume à celle que Monseigneur CHAROST, son Évêque et Conseiller, devait appeler "NOTRE JEANNE D'ARC DU NORD".

Nommée Chevalier de la Légion d'Honneur et Officier de l'empire Britannique, elle aurait eu grande joie à porter ces décorations ainsi que la Médaille Militaire Anglaise et la Croix de Guerre avec Palmes.

Louise de BETTIGNIES doit être associée à toutes les Femmes qui firent la Guerre :

- Geneviève HENNE de GOUTEL, morte en Roumanie après avoir servi la France,

- Edith CAVELL, Fusillée à Bruxelles,

- Gabrielle PETIT, Fusillée à Bruxelles,

- Louise THULLIEZ, Internée à Sieburg,

- Marie-Léonie VANHOUTIE, Internée à Sieburg.

Cet article a été écrit par N.DUPAS, et publié dans la revue

"La Flamme" de Septembre-Octobre 1986,

(Journal de l'Association et Entr'aide des Veuves et Orphelins de Guerre)

à l'occasion de cérémonies organisées à Saint-Amand les Eaux, en l'honneur de Louise de BETTIGNIES.

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